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Le Pic Volant


PARTIE I

Le Mont Emai, situé dans la province du Sichuan, est couronné de nombreux pics. Il y en avait un qui était capable de voler et qu'on appelait le Pic volant. Celui-ci se déplaçait souvent d'un lieu à l'autre, et partout où il s'installait, il détruisait les maisons et faisait de nombreuses victimes.

En ce temps-là, dans le temple Lingyin vivait un moine du nom de Ji Dian qui, en dépit des règles religieuses, se contentait de flâner tout le temps, un éventail à la main. En quelque lieu qu'il arrivât, il était toujours bien accueilli et entouré par une foule nombreuse.

Une nuit, le moine eut tout à coup une intuition prémonitoire: le Pic volant allait bientôt atterrir dans le village qui se trouvait près du temple Lingyin.

Fort inquiet pour la vie des habitants du village, le moine se leva avant l'aube et s'y précipita pour faire part aux habitants de son intuition. Il allait de porte en porte en disant:
"A midi, un pic volant viendra s'installer dans votre village, vous devez partir d'ici le plus tôt possible, sinon, le malheur s'abattra sur vous!"

En l'entendant parler ainsi, un vieillard gronda en secouant la tête:
- Moine insensé, ne raconte pas de mensonges! Ce mont si lourd, comment pourrait-il se déplacer? Et qui a vu un mont capable de voler?

- Nous sommes des pauvres, ailleurs nous n'avons rien pour nous abriter. Nous ne pouvons que nous soumettre à la volonté du Ciel! intervint un homme en soupirant.

- Ne fabrique pas de mensonges pour nous effrayer! fit un gars, la voix chargée de colère. Nous ne sommes pas des lâches! Si le mont venait vraiment s'installer ici comme tu le dis, nous le supporterions sur nos épaules!

Malgré l'indifférence manifestée par les villageois, le moine n'en continua pas moins à répandre ses avertissements. Les enfants le suivaient l'entouranr de rires, de cris et de gesticulations.

Tous les foyers furent mis au courant, le moine en avait la gorge et les lèvres desséchées. Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'est qu'aucune famille ne manifestait l'intention d'aller se réfugier ailleurs.


PARTIE II

Le soleil poursuivait sa marche dans le ciel, on approchait de plus en plus de midi. Le moine, dévoré d'anxiété, ne savait que faire. Juste à ce moment-là, l'écho de sonneries de trompettes lui parvint de loin, il se précipita alors sans plus réfléchir dans la direction de la musique.

Il fut bien étonné lorsqu'il s'aperçut qu'il s'agissait d'une cérémonie de mariage. Là, régnait une ambiance chaleureuse. Les gens, la joie sur le visage, allaient et venaient de la chambre à la cour.

A cette vue, le moine, se frappant le front, eut une idée. Il fendit la foule, pénétra dans la salle de cérémonie et, sans plus de façons, mit la mariée sur son dos et l'emporta aussitôt.

La fille, la tête encore voilée d'un carré de soie rouge, ne sachant pas du tout ce qui lui arrivait, tout en larmes, ne cessait de crier.

Un moine s'emparer de la mariée, quelle impertinence!

Fous de rage, les gens, ramassant quelque objet qui leur tombait sous la main - un morceau de bois, une palanche, une houe -, se lancèrent tout de suite à sa poursuite.

"Attrapez le moine! Attrapez-le! Ne le laissez pas échapper!" criaient-ils tout en courant.

Tout le village en était bouleversé: hommes, femmes, vieillards et jeunes gens, quel que soit leur lien avec les nouveaux mariés, se précipitèrent tous hors du village, sauf un richard qui, appuyé au chambranle de sa porte, lançait quelques plaisanteries sarcastiques:
- C'est bien bizarre, voilà que le "Bouddha vivant" a enlevé une fille!

Le moine , la fille sur son dos, s'exténuait à courir en s'éloignant du village. Il était si rapide qu'on ne pouvait le rattraper.

Après une dizaine de "lis", ses poursuivants étaient encore loin de l'atteindre. Le moine ne s'arrêta qu'au moment où le soleil au zenith tomba à plomb sur sa tête. Déposant la fille par terre, il s'assit à ses côtés en agitant son éventail pour se rafraîchir...


PARTIE III

Quand ses poursuivants finirent par se trouver devant lui et s'apprêtaient à lui administrer une bonne volée, le ciel soudain s'obscurcit, la terre trembla, un vent violent se leva, l'air se mit à charrier du sable et des pierres et, en un clin d'oeil, le monde se trouva enveloppé de ténèbres si épaisses qu'on ne pouvait rien voir devant soi.

Puis tandis qu'éclatait un grondement terrible et assourdissant, tous les gens furent renversés. Lorsqu'ils se remirent sur leurs jambes, miracle! le nuage s'était dissipé, le vent était tombé et le soleil brillait au-dessus de leurs têtes. Mais un mont se dressait sur l'emplacement du village écrasé. Ce fut alors seulement que les villageois se rendirent compte que le moine avait agi ainsi pour les sauver.

Le village détruit, les villageois sans abri étaient fort inquiets sur leur sort; certains même se mettaient à sangloter en frappant la terre du pied. Voyant leur affliction, le moine les consola:
- Pourquoi pleurez-vous? Le richard a été écrasé sous le mont, tous ses biens dès maintenant vous appartiennent, vous cultiverez la terre pour vous-même, plus de fermages à payer! Vous pourrez ainsi économiser facilement pour bâtir votre maison!

En entendant ces paroles, l'angoisse des villageois se dissipa, ils retrouvèrent leur gaîté. Comme ils s'apprêtaient à s'éloigner, le moine les retint:
- Attendez une minute, j'ai encore quelque chose à vous dire! Puisque le pic est capable de se déplacer d'un lieu à l'autre, il pourra continuer à écraser les hommes. C'est pourquoi, je propose de le dompter en sculptant sur ses flancs 500 bouddhas, ainsi, l'humanité sera débarrassée à jamais de cette menace. Etes-vous d'accord?

- Très bien, c'est une bonne idée! reconnurent tous les assistants d'une même voix.

Sur ce, on se mit à l'ouvrage sans tarder. Certains jouaient du ciseau, les autres du marteau. Au bout d'une nuit de travail assidu, 500 bouddhas étaient sculptés sur le mont. Mais, comme on était alors très pressé, ces bouddhas manquaient tous d'yeux et de sourcils.En les voyant aussi imparfaits, le moine dit:
- Laissez-moi y mettre la dernière touche.

Puis, sans recourir ni au ciseau, ni au marteau, il se mit à dessiner, sur la face des bouddhas, les yeux et les sourcils avec ses longs ongles. Après une demi-journée de travail, les bouddhas étaient achevés à la perfection.

Depuis lors ce petit mont, ayant perdu sa capacité de s'envoler, prit racine devant le Temple Lingyin. Comme il était venu d'ailleurs, on l'appela le Pic qui a volé jusqu'ici.

Fin de cette Histoire.

A Suivre : Le Forgeron et les Serpents Noirs