DRAGON
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DRAGON

Astrologie
Yi - King
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Li Jing


PARTIE I

A l'époque des Tang, vécut un général qui jouissait d'une grande renommée. Il s'appelait Li Jing et était duc de Weiguo. Quand il n'était encore qu'un homme obscur, il allait souvent chasser dans les monts Ling. Il s'arrêtait souvent pour dormir dans un petit village. Un vieillard l'hébergeait et lui préparait de copieux repas.

Avec le temps, Li Jing s'était attaché au vieil homme et au village hospitalier. Un jour qu'il avait rencontré un troupeau de cerfs et s'était lancé à leur poursuite, la nuit l'enveloppa soudaine et silencieuse. Pour rien au monde, Li Jing n'aurait lâché sa prise, si bien qu'il s'égara.

La nuit était très noire, loin des sentiers battus, longtemps il chercha le chemin du retour; une profonde mélancolie l'avait envahi. Des yeux, il cherchait à percer l'obscurité. Enfin, il aperçut au loin une lumière qui brillait. Il partit au galop et après une longue chevauchée, il arriva devant une riche bâtisse aux portes laquées de rouge, entourée d'une haute muraille.

Il frappa à la porte; il dut attendre un long moment avant qu'on ne vienne lui ouvrir. Le chasseur se présenta et expliqua à l'interlocuteur qu'il s'était perdu dans la montagne et demandait l'hospitalité pour la nuit.

L'homme semblait hésiter; il répondit que les jeunes seigneurs étaient tous partis , la vieille dame, restée seule n'accepterait peut-être pas de le recevoir. Li le pria d'insister auprès de sa maîtresse. Quelques secondes plus tard l'homme était de retour :
" Les circonstances auraient voulu, dit-il, que ma maîtresse ne vous reçoive pas; mais étant donné que la nuit est noire et que vous êtes égaré, l'hospitalité est de rigueur." Le domestique conduisit Li dans la salle de séjour. Une seconde après une jeune servante vint annoncer la maîtresse de maison.

C'était une dame sur la cinquantaine, simplement vêtue, mais l'élégance et la grâce du comportement révélaient qu'elle appartenait à un milieu élevé. il s'empressa de s'incliner. La vieille dame le salua à son tour en disant :
- Mes fils étant tous partis, on n'aurait pas dû vous héberger. Mais le ciel est couvert et vous vous êtes perdu. Si on ne vous gardait pas, où iriez-vous ? Nous sommes ici à la campagne, vous voudrez bien nous pardonner si mes garçons à leur retour ou quelque bruit venaient à troubler votre sommeil.

On lui servit un repas délicieux, riche en poissons. Ensuite la vieille dame le quitta pour sa chambre et deux jeunes servantes apportèrent le nécessaire pour la nuit; la couverture et le matelas étaient propres et parfumés. Après avoir préparé le lit, elles s'en allèrent, fermant la porte derrière elles...


PARTIE II

Li se demandait qui pourrait bien rompre dans cette région montagneuse et solitaire le silence de la nuit, il eut peur et décida de résister au sommeil, il resta assis, les oreilles tendues...

Vers minuit, il entendit frapper violemment à la porte. Quelqu'un alla ouvrir. Le nouveau dit :
- L'édit céleste ordonne au Seigneur-Premier de faire pleuvoir, sans tarder, à sept cents lis à la ronde de la montagne. La pluie tombera fine et dru, sans violence et s'arrêtera avant la cinquième veille.

Le serviteur prit l'édit et alla le présenter à sa maîtresse des lieux, qui eut un ton inquiet.
- L'édit céleste est déjà là , et mes deux fils ne sont pas encore rentrés, dit-elle. Je ne puis refuser et nous serons punis si la pluie ne tombe pas à l'heure indiquée. Même si j'envoie quelqu'un pour les prévenir, il sera toujours trop tard pour exécuter les ordres à temps... D'autre part, les domestiques n'ont pas le droit de faire la pluie... Ah, qu'y puis-je ?

Une servente vint à son secours :
- Le visiteur installé dans la salle ne semble pas être un homme ordinaire. Madame pourrait peut-être l'inviter à remplacer le Seigneur-Premier ?

Ravie de la suggestion, la vieille dame alla frapper à la porte de la salle et demanda :
- Monsieur est-il réveillé ? Voudrait-il sortir une seconde ?

- A vos ordres, répondit Li Jing, qui fut aussitôt dehors.

- Il faut que vous sachiez, lui dit la maîtresse des lieux, que vous êtes ici dans le Palais du Dragon et non pas dans une maison ordinaire. Mon fils aîné se trouve pour le moment à la mer Orientale pour assister à un mariage, tandis que mon deuxième fils est parti avec sa soeur cadette. Un édit céleste vient d'arriver, qui nous somme de déclencher la pluie dès l'aube. Il faudrait parcourir plus de dix milles lis pour en informer l'un ou l'autre de mes fils et il est fort difficile de choisir un remplaçant. Voulez-vous m'aider ?

- Je ne suis qu'un mortel, il n'est pas en mon pouvoir de chevaucher les nuages , et encore moins de faire la pluie. Mais si vous voulez bien m'indiquer le moyen, je vous obéirai en tous points.

- Ah, si Mon Seigneur suit mes conseils, rien n'est impossible !


PARTIE III

La vieille dame ordonna à un vieux domestique d'amener un cheval blanc ainsi qu'une bouteille en métal ronde et plate comme une galette, qu'elle fit attacher à la selle. Se tournant vers Li Jing, elle lui recommanda :
- Il faut que vous chevauchiez ce cheval sans tirer sur la bride et le laissiez aller à son gré. Lorsque vous l'entendrez hennir à chaque bond, vous verserez une goutte d'eau du récipient sur sa crinière; j'ai bien dit : Une seule goutte...

Il enfourcha le cheval qui partit au galop. Il s'étonnait de la vitesse de l'animal lorsqu'il s'aperçut qu'il était déjà au-dessus des nuages. Le vent soufflait en rafales et le tonnerre grondait. Le cheval hennit. Li saisit la bouteille; à chaque bond de sa monture il fit tomber une goutte d'eau sur sa crinière, comme il lui avait été ordonné.

A la lueur d'un éclair qui déchira les nuages, Li reconnut le village où il trouvait refuge lors de ses parties de chasse.
"J'ai trop souvent importuné les habitants de ce village, pensa-t-il, et je leur dois reconnaissance. Depuis longtemps je désire les récompenser, après cette longue sécheresse, les plantes ont besoin d'eau. Puisque j'ai pouvoir de commander à la pluie, pourquoi en être avare ?"

La pensée le traversa qu'une goutte d'eau n'aurait jamais suffi à bien tremper la terre, aussi en versa-t-il vingt gouttes à la suite. Bientôt la pluie tombe à verse et Li rentra avec son cheval.

Il trouva la vieille dame pleurant dans la salle qui lui dit :
- Comment Mon Seigneur a-t-il pu se tromper à ce point ? Je vous ai bien dit de ne verser qu'une seule goutte, pourquoi ne pas m'avoir écoutée ? Une goutte d'eau du ciel équivaut sur terre à une pluie haute d'un pied. A minuit le village était submergé par vingt pieds de pluie. Il n'y a pas un seul survivant. J'ai déjà été jugée coupable et condamnée à 80 coups de bâton.


PARTIE IV

La dame montra son dos couvert de sang. Ses fils eux aussi allaient être punis. Li Jing était honteux et confus et ne savait trop que répondre. La vieille dame reprit :
- Je sais bien que vous n'êtes qu'un simple mortel ignorant des nuages et de la pluie. Je n'ose vous en vouloir. Maintenant, je m'inquiète pour vous, car le roi Dragon pourrait s'en prendre à vous. Il vaut mieux que vous quittiez ces lieux le plus tôt possible. Je voudrais néanmoins vous remercier pour votre service. Je n'ai ici avec moi que deux domestiques à vous offrir. Vous pouvez les prendre tous les deux ou en choisir un, selon votre préférence.

A son ordre, deux hommes sortirent, l'un du couloir de l'est, l'air souriant et distingué; l'autre du couloir de l'ouest, l'air rude et agressif. "En tant que chasseur, pensa Li Jing, j'ai toujours à faire à des bêtes furieuses. Un seul domestique me suffit, mais il ne doit pas avoir l'air trop accommodant, je veux que l'on sache qui je suis." Ausi dit-il à la dame :
- Je m'en voudrais trop de vous priver de vos deux valets. Puisque vous avez la gentillesse de m'en faire le don, je prendrai avec moi l'homme à l'aspect rébarbatif.

La dame répondit avec un sourire aimable :
- C'est cela que vous avez choisi !

Li fit ses adieux à la vieille dame et s'éloigna, suivi de son valet. Il parcourut un bout de chemin et se retourna pour saluer une dernière fois. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que la maison avait disparu ! Il voulut s'adresser à son domestique, mais ne le trouva pas non plus.

Li chercha le chemin du retour. A l'aube, il arriva au village qu'il avait voulu récompenser. L'eau s'y étendait à perte de vue; seules quelques branches d'arbres qui flottaient çà et là.


EPILOGUE

Par la suite, Li Jing allait devenir un puissant guerrier. A la tête de ses soldats il écrasa bien des révoltes et apporta la paix dans le pays. Partout l'on célébrait ses exploits militaires. Pourtant il n'arriva jamais à devenir Chancelier de l'Etat. Serait-ce l'effet d'un mauvais choix ?

On dit qu'à l'Est de la passe de Tongguan le pays est le berceau des Chanceliers et à l'Ouest, celui des Généraux.

N'y a-t-il pas là une allusion aux deux valets, débouchant l'un du couloir de l'Est, l'autre du couloir de l'Ouest ?

N'empêche que le terme "valet" indique l'être subalterne :
Même si Li Jing avait accepté les deux valets, il serait devenu tout au plus Général et Chancelier à la fois.

Fin de cette Histoire.

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