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Le Magistrat et les Eventails


PARTIE I

Su Dongpo venait d'être nommé magistrat à Hangzhou. Depuis que cette nouvelle s'était répandue, chaque jour, les gens s'attroupaient devant la porte du Yamen dans l'espoir de voir l'affiche rouge où serait inscrite la date de son arrivée, et d'entendre les trois coups de canon qui salueraient Su Dongpo au moment où il monterait sur l'estrade du tribunal...
Mais, ils avaient attendu en vain plusieurs jours de suite.

Un jour, deux homme se querellèrent puis se précipitèrent vers le Yamen, ils frappèrent avec force le tambour placé devant la porte, criant qu'ils voulaient porter plainte en justice, un huissier les apostropha:
- Le Seigneur n'est pas encore arrivé, revenez dans deux jours!

Fous de colère, les deux hommes persistaient à vouloir forcer l'entrée du Yamen, en repoussant le gardien.

A ce moment-là, un homme barbu au visage basané, une coiffure de tissu sur la tête, portant une robe de taoïste, assis à califourchon sur un âne, apparut devant le mur-écran du Yamen. Il criait:
- Laissez-moi passer, je suis en retard.

Le petit âne traversait la foule, avançant tout droit vers la cour du Yamen, l'huissier n'eut pas le temps de le rattraper par la queue, et l'homme sur sa monture entra dans la cour.

L'homme attacha l'âne sur un pilier de la galerie, monta dans la salle et, en quelques pas, alla se placer au milieu sur le fauteuil recouvert d'une peau de tigre.

A cette vue, un garde du Yamen, le considérant comme un fou, courut vers lui en vociférant:
- Ne sais-tu pas que c'est la place du Seigneur juge, on te tuera si tu oses t'asseoir sur ce siège.


PARTIE II

L'homme éclata de rire en l'écoutant parler ainsi.
- Y aurait-il quelqu'un de si méchant!

- Bien sûr, répondit le gardien, cette place est réservée à celui qui est digne d'avoir un sceau en or.

- Un sceau en or, mais j'en ai un, et l'homme sortit de sa poche un sceau en or éblouissant et le mit sur la table.

Frappé de stupeur, le garde resta bouche bée, puis il finit par réaliser qu'il avait devant lui Su Dongpo, le nouveau magistrat de Hangzhou.

Su Dongpo n'avait plus le temps de suivre le cérémonial prescrit ni de faire tirer les trois coups de canon; dès qu'il fut entré dans la cour de justice, il se mit à tenir audience. Il demanda à l'huissier de laisser entrer les deux hommes qui se querellaient.

Quand ils comparurent, Su Dongpo frappa la table avec son maillet de bois, il les interrogea:
- Quels sont vos noms, qui est le plaignant?

Ils s'agenouillèrent sous l'estrade, et cognèrent leur tête contre terre.

- C'est moi le plaignant, dit l'un, je m'appelle Li Xiaoyi.

- Je m'appelle Hong Amao, dit l'autre.

- Li Xiaoyi, demanda le juge, pour quelle raison portes-tu plainte contre Hong Amao.

- Je suis un homme de peine, dit Li Xiaoyi, j'avais fait de petites économies, dix taëls d'argent; il y a deux mois, je les ai prêtés à Hong Amao. Nous étions de bons voisins, j'étais d'accord pour ne pas exiger d'intérêts, à condition qu'il me les rende dès que j'en aurais besoin. Maintenant, j'ai trouvé une jeune fille qui me convient, j'ai besoin de l'argent pour me marier, et non seulement il ne veut pas me rendre mon argent, mais il m'a frappé.


PARTIE III

Su Dongpo se tourna vers Hong Amao et lui demanda:
- Pourquoi ne lui rembourses-tu pas ta dette, et le bats-tu par-dessus le marché?

Hong Amao s'empressa de se cogner la tête contre terre et murmura:
- Mon Seigneur, je suis un petit marchand, j'ai acheté des éventails à l'approche de l'été, j'étais loin de penser qu'il ferait encore frais après la fête de la mi-Mai; on porte encore des robes doublées, qui donc voudrait acheter mes éventails! En outre, ces jours-ci, il a plu et, les éventails ont moisi. Je suis vraiment incapable de lui rembourser l'argent. Comme il m'a insulté, et m'a saisi par ma veste, cela m'a mis en rage, et je lui ai donné un coup de poing sur la tête; je ne l'ai pas fait exprès.

En entendant cela, Su Dongpo fronça les sourcils et dit:
- Li Xiaoyi a besoin de l'argent pour se marier, Hong Amao doit lui payer sa dette.

A l'entendre, Hong Amao se lamenta:
- Ah! mon Seigneur, je suis vraiment à court d'argent.

Su Dongpo tout en caressant sa barbe reprit:
- Hong Amao a subi une perte d'argent, il est dans l'embarras. Li Xiaoyi doit chercher un autre moyen pour résoudre le problème de l'argent pour son mariage.

En entendant cela, Li Xiaoyi se plaignit aussi:
- Mon grand Seigneur, ce n'est pas facile pour moi d'économiser dix taëls d'argent!

Su Dongpo éclata de rire et dit:
- Soyez patients. Hong Amao rentre maintenant chez toi et rapporte-moi vingt éventails moisis; la cause est entendue.

Fou de joie, Hong Amao s'empressa de s'agenouiller et de se cogner la tête contre terre pour saluer le juge. Puis il se leva et courut à la maison; il en ramena vingt éventails qu'il donna à Su Dongpo.


PARTIE IV

Su Dongpo étala les éventails un à un sur le bureau, écrasa de l'encre, puis y trempa le pinceau et se mit à tracer, en utilisant les taches de moisi les plus grandes, des paysages en miniature évoquant des sites de montagnes, et avec les taches moins grandes, des fleurs de Mei en compagnie du sapin et du bambou, ce qu'on appelle "les trois amis de l'hiver".

Su Dongpo eut vite terminé; il donna alors dix éventails à Li Xiaoyi en lui recommandant:
- Tu peux compter régler les frais de ton mariage avec ces dix éventails; tu les emporteras dans la rue et tu crieras:
"éventails peints par Su Dongpo, un taël d'argent chacun",
tu les vendras sur le champ.

Su Dongpo donna les dix autres à Hong Amao en lui disant:
- Tu iras les vendre dans la rue, et tu en tireras dix taëls d'argent comme capital, tu entreprendras alors un autre genre de commerce.

Tous les deux le saluèrent bien bas et sans grande confiance, ils prirent chacun leurs éventails. Mais, à peine eurent-ils crié deux fois à l'improviste leur marchandise à vendre que les vingt éventails furent enlevés rapidement. Tout heureux, ils rentrèrent chacun chez eux avec leur argent.

Depuis lors l'histoire du litige jugé par Su Dongpo s'est répandue parmi la population.

Autrefois, on ne confectionnait que deux sortes d'éventails à Hangzhou, des noirs et des blancs; après que Su Dongpo eut exécuté des dessins sur les éventails, les artisans l'imitèrent.

Les uns dessinaient des fleurs, des oiseaux, des personnages et des paysages, les autres calligraphiaient des poésies. Tout cela embellissait les éventails.

Ces éventails dessinés ont un double usage, ils permettent de s'éventer, mais aussi d'admirer la peinture, aussi sont-ils bien accueillis par les clients. C'est pourquoi, l'usage s'en est conservé de la Dynastie des Song du Nord jusqu'à aujourd'hui.

Fin de cette Histoire.

A Suivre : Le Loup de Zhongshan